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| Pêcheur à la guigne |
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Pêcheur à la guigne
J'étais au bord de l'eau, taquinant le goujon, Quand, miraculeusement, s'enfonça le bouchon, Promesse éventuelle, qu'accroché à l'hameçon, Se trouve un égaré, friand de limaçon.
La canne pliait si fort, que je pensais la prise Aussi grosse et pesante qu'une belle perche grise. En remontant la ligne, qu'elle ne fût ma surprise, De voir, que sur l'espoir, il y avait eu méprise
L'appât avait séduit, en guise de trophée, Qu'une vieille godasse à semelle trouée, D'où sortait une chaussette encore étiquetée D'une marque connue qui fît sa renommée.
J'avoue avoir été quelque peu mécontent: Il manquait quelque chose, çà semblait évident. Une chaussure, une chaussette, il me faut à présent, Trouver le principal, ce que l'on met dedans.
Il me fallait le pied, connaître sa pointure. Au fait, était-ce le droit, qui aurait d'aventure Echappé à l'étreinte de l'horrible torture D'un cor titillé par une surpiqure?
Serait-ce le pied gauche, dont la voute plantaire N'aurait plus supporté le poids autoritaire D'un corset humiliant, fait de cuir ordinaire Et d'une chaussette de fil, dont il n'a rien à faire?
Ce fût une obsession, il fallait que je sache A quel pied mystérieux, ce soulier se rattache. Je menais mon enquête sans jamais faire relâche, Consacrant mes journées à cette noble tâche.
Des gens de qualité travaillant à l'asile, M'ont dit avoir trouvé dans un endroit tranquille, Un joli pied à terre qu'il me serait facile D'étudier à mon gré, si je restais docile.
Depuis je collectionne, vêtu d'une camisole, Le pied à l'étrier, que le cheval affole, Le pied de nez moqueur que l'on fait à l'école, Et même le pied au Q, que souvent l'on me colle.
Si jamais vous trouvez, quelque soit sa nature, Un pied bot, un pied nu, un pied de pédicure, Sachez que j'ai, pour lui, conservé la chaussure, Pêchée au bord de l'eau, le cerveau en rupture. G.K
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